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Voile P17 ou P30, combien de degrés gagne-t-on vraiment

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Un rayon de jardinerie propose trois voiles au même endroit, à des prix qui varient du simple au triple, avec pour seule information un nombre : dix-sept, trente, parfois soixante. Personne n’explique ce que ce nombre représente, et encore moins ce qu’il apporte en degrés.

J’ai posé deux jardinières identiques sur le même balcon, l’une sous un voile de dix-sept grammes, l’autre sous un voile de trente, avec une troisième laissée nue comme témoin. Une sonde de température par jardinière, à cinq centimètres au-dessus du substrat, relevé toutes les heures pendant vingt et un jours de novembre.

Le résultat tient en une phrase : le gain est réel, il est plus faible que ce que l’emballage laisse espérer, et il varie du simple au double selon la nuit. Ce qui suit détaille ces écarts, et surtout les conditions dans lesquelles ils se produisent.

Les deux voiles, chiffres relevés sur trois semaines

Situation Témoin nu Sous P17 Sous P30
Nuit claire, sans vent référence +1,5 à 2 °C +2,5 à 3,5 °C
Nuit couverte référence +0,5 à 1 °C +1 à 1,5 °C
Nuit ventée référence +1 à 1,5 °C +2 à 2,5 °C
Journée ensoleillée référence +3 à 5 °C +5 à 9 °C
Transmission de lumière annoncée 100 % environ 85 % environ 70 %

Les écarts sont donnés en moyenne sur les trois heures les plus froides de la nuit, entre cinq et sept heures du matin. Ces chiffres valent pour un balcon urbain de centre-ville, mi-abrité, et n’ont pas de portée générale : ils indiquent un ordre de grandeur, pas une valeur à recopier.

Ce que dit un grammage, et ce qu’il ne dit pas

Le nombre inscrit sur l’emballage est une masse surfacique exprimée en grammes par mètre carré. Un P17 pèse dix-sept grammes au mètre carré, un P30 en pèse trente. C’est tout ce qu’il signifie.

Il ne dit rien sur la structure du non-tissé, sur la qualité du polypropylène, ni sur la résistance aux ultraviolets, qui déterminent pourtant la durée de vie du produit. Deux voiles de même grammage vendus à des prix différents ne se valent pas nécessairement.

Il constitue tout de même un bon indicateur relatif, parce que la protection thermique dépend de l’épaisseur de la couche d’air immobilisée, elle-même liée à la densité du non-tissé. Le grammage sert donc de repère, à condition de ne pas lui faire dire que le double du chiffre donne le double du gain, ce qui est faux.

Voile d’hivernage : le gain thermique mesuré nuit par nuit

Sur les vingt et une nuits du relevé, huit ont été claires et calmes, sept couvertes, six ventées. Cette répartition explique pourquoi une moyenne globale ne veut rien dire.

Un voile d’hivernage agit par deux mécanismes distincts. Il limite le rayonnement infrarouge vers le ciel, qui est la principale cause de refroidissement d’une nuit claire, et il crée une lame d’air immobile qui réduit les échanges par convection. Le premier mécanisme domine par nuit calme, le second par nuit ventée.

Le protocole avait ses limites, et autant les dire. Les trois jardinières n’occupaient pas exactement la même position sur le balcon, et celle du fond était légèrement plus abritée par le mur. J’ai permuté les voiles à mi-parcours pour corriger ce biais, et les écarts sont restés du même ordre après permutation, ce qui rend le classement crédible même si les valeurs absolues ne le sont pas.

Sur une nuit couverte, le refroidissement radiatif est déjà freiné par les nuages, et le voile n’ajoute pas grand-chose : le gain descend sous un degré, et il devient difficile à distinguer du bruit de mesure. Autrement dit, le voile sert précisément les nuits où l’on en a le plus besoin, ce qui est une bonne nouvelle.

Pourquoi trois degrés changent tout, ou rien

Un gain de deux à trois degrés paraît dérisoire, et il l’est parfois. Sur un épisode à moins huit degrés, un voile ne sauvera rien de fragile. Sur les nuits comprises entre moins un et moins quatre, en revanche, il fait basculer la culture du bon côté d’un seuil.

Or ces nuits-là représentent la grande majorité des gelées en climat urbain de plaine. Une salade d’hiver qui supporte moins cinq degrés et subit une nuit à moins sept survit sous P30 et pas à nu. C’est là toute l’utilité de l’équipement.

La conséquence est un choix par culture plutôt que par principe. Protéger une mâche rustique jusqu’à moins quinze degrés ne sert à rien ; protéger une roquette, un persil ou de jeunes plantules de laitue change la fin de saison. La question à se poser est donc l’écart entre la rusticité réelle de la plante et les minima attendus, comme pour toute conduite d’un potager de balcon en hiver.

La transmission de lumière, et ce qu’elle coûte en croissance

Un voile prélève de la lumière, et en décembre la lumière est déjà la ressource limitante. La perte annoncée est de l’ordre de quinze pour cent pour un P17 et de trente pour un P30, sur voile neuf et propre.

Ces valeurs se dégradent vite. Un voile qui a passé une saison dehors, empoussiéré, taché par les pluies et légèrement jauni par les ultraviolets, laisse passer nettement moins de lumière qu’un voile neuf. C’est un facteur que personne ne mesure et qui explique des cultures qui stagnent sous protection.

La règle qui en découle est de ne poser le voile que lorsqu’il est utile, et de le retirer dès que l’épisode froid est passé. Un voile laissé en place de novembre à mars par commodité coûte plusieurs semaines de croissance, et ce coût dépasse souvent le bénéfice thermique.

Double couche de P17 ou simple P30 : ce que le relevé donne

La question revient souvent, parce que beaucoup de jardiniers possèdent déjà du P17 en quantité. J’ai comparé les deux montages sur cinq nuits.

Deux couches de P17 posées avec un espace d’air entre elles, sur deux niveaux d’arceaux, dépassent nettement un P30 simple : la lame d’air intermédiaire fait plus que le grammage. Le gain observé approchait quatre degrés sur nuit claire.

Deux couches de P17 posées l’une sur l’autre, sans espace, donnent au contraire un résultat inférieur au P30, pour une perte de lumière supérieure. La superposition à plat écrase l’air au lieu de l’immobiliser, et elle retient l’humidité entre les deux nappes.

La conclusion pratique est claire : ce n’est pas l’épaisseur du textile qui protège, c’est le volume d’air calme qu’il enferme. Un montage sur arceaux avec vingt centimètres de vide sous un simple P17 protège mieux qu’un P30 posé à même le feuillage.

La condensation, le vrai risque du P30

Le voile non tissé laisse passer la vapeur d’eau, mais pas au même rythme selon le grammage. Sous un P30 posé bas et bien fermé, l’humidité relative reste élevée en permanence pendant les journées douces et humides de décembre.

Deux conséquences apparaissent, et je les ai observées toutes les deux. Un dépôt d’eau se forme sur la face intérieure et retombe en gouttes sur le feuillage, ce qui favorise la pourriture grise sur les salades et le mildiou sur les jeunes semis. Et le substrat reste humide beaucoup plus longtemps, ce qui aggrave le risque de pourriture racinaire par temps froid.

La parade tient en deux gestes. Ne jamais fermer complètement les extrémités du montage, et ouvrir dès qu’une journée dépasse dix degrés. Le P17, plus perméable, pardonne davantage cette négligence, ce qui explique qu’il reste préférable pour une protection de longue durée.

Poser un voile sur un bac : arceaux, pinces, ourlet

Arceaux souples plantés dans un bac, voile fixé par des pinces à ressort
Haoreima / CC BY 4.0
  1. Mesurez le bac et prévoyez le voile avec cinquante centimètres de plus de chaque côté.
  2. Plantez les arceaux tous les quarante à cinquante centimètres, enfoncés d’au moins dix centimètres dans le substrat.
  3. Vérifiez que le point le plus haut laisse vingt centimètres de vide au-dessus du feuillage.
  4. Déroulez le voile sans le tendre, en laissant du mou : un textile tendu se déchire au premier coup de vent.
  5. Fixez sur les arceaux avec des pinces à ressort, une par arceau, en alternant les côtés.
  6. Rabattez le surplus sur les côtés du bac et lestez avec des tasseaux, des briques ou des sacs de sable.
  7. Laissez les deux extrémités entrouvertes, ou fermez-les d’un simple noeud défaisable d’une main.

L’étape trois est la plus négligée. Un voile en contact direct avec les feuilles transmet le froid par conduction, et les parties touchées gèlent exactement comme si rien n’était posé. Le vide d’air est la protection, pas le tissu.

Les fixations qui tiennent un coup de vent

En terrasse, la fixation est le point faible du montage. Un voile qui s’envole à trois heures du matin laisse la culture nue au moment le plus froid, et il ne se retrouve pas toujours.

Les pinces à ressort de jardinerie tiennent bien sur arceau plastique et mal sur arceau métallique lisse. Les élastiques crochetés autour du bac résistent mieux aux rafales que les pinces, parce qu’ils absorbent les à-coups. Le lestage périphérique par tasseau continu reste la solution la plus fiable, et la plus lente à mettre en oeuvre.

Sur un balcon en étage, un dernier point relève de la simple prudence : un voile qui s’échappe tombe dans la rue ou chez le voisin du dessous. Un lien attaché au garde-corps, même lâche, évite ce genre d’incident, et il coûte trente secondes à la pose.

La faute classique consiste à enterrer le bord du voile dans le substrat. Cela tient très bien, mais le textile s’imbibe par capillarité, il gèle en bloc, et il se déchire au retrait. Un lestage posé, jamais enfoui, se démonte en trente secondes et resservira trois saisons.

Quand poser, quand retirer, et l’aération

La règle que j’applique repose sur les prévisions plutôt que sur le calendrier : le voile se pose la veille au soir d’une nuit annoncée sous deux degrés, et se retire dès que la journée suivante dépasse dix degrés. Les prévisions de température minimale suffisent à décider.

Sur une culture fragile et pendant une période franchement froide, on peut le laisser en place plusieurs jours, à condition d’aérer chaque fois que le soleil donne. Sous un P30 exposé plein sud, la température peut monter de huit à neuf degrés en pleine journée, ce qui réveille les plantes et les rend d’autant plus sensibles à la nuit suivante.

Ce phénomène d’alternance est plus dommageable que le froid lui-même. Une plante qui subit un cycle de dégel et de regel quotidien s’épuise, et ses tissus se fissurent. Sur un balcon très ensoleillé, un voile clair posé en permanence peut donc faire plus de mal que de bien, et une simple protection des parois du bac donne un meilleur résultat.

Ce que le voile ne protège pas : les racines

Givre blanc dessinant les nervures sur des feuilles vertes au petit matin

Le voile agit sur l’air autour du feuillage. Il n’agit pratiquement pas sur la température du substrat, qui est pourtant le facteur décisif en culture en contenant.

Une motte de trente litres dans un bac exposé gèle en bloc pendant plusieurs jours d’un épisode froid, et c’est cette prise en masse qui tue les racines. Le feuillage, lui, résiste bien plus longtemps qu’on ne le croit.

La hiérarchie des protections en bac est donc l’inverse de celle qu’on applique en pleine terre. Isoler les parois du contenant avec du carton, un plastique à bulles ou de la paille compte davantage que de couvrir le dessus. Grouper les bacs contre un mur et les surélever sur cales vient ensuite. Le voile arrive en troisième position, en complément, comme on le voit sur toute culture conduite dans un espace réduit.

Durée de vie, stockage et coût par saison

Un P17 correctement rangé tient deux à trois saisons, un P30 trois à cinq. Ce qui les use n’est pas le froid mais les ultraviolets de l’été et les déchirures aux points de fixation.

Le rangement fait la différence. Un voile plié sec, à l’abri de la lumière, dans un sac fermé, dure deux fois plus longtemps qu’un voile roulé humide dans un coin de balcon. Le lavage n’est pas nécessaire, un simple séchage suffit, et les accrocs se réparent au ruban adhésif toilé.

Ramené à la saison et au mètre carré, l’écart de prix entre les deux grammages devient négligeable. Le vrai critère de choix n’est donc pas le coût mais l’usage : P17 pour une protection longue et lumineuse sur cultures rustiques, P30 pour des épisodes courts et froids sur cultures sensibles. Beaucoup de jardiniers gagnent à posséder les deux, comme le montre toute saison suivie de bout en bout sur un balcon.

Questions fréquentes

Un voile remplace-t-il un mini-tunnel plastique ?

Non, les deux ne font pas le même travail. Le film plastique gagne davantage de degrés le jour et retient beaucoup plus l’humidité, ce qui impose une aération quotidienne stricte. Le voile respire, se pose en cinq minutes et se supporte plusieurs jours sans surveillance. Sur un balcon, le voile est plus tolérant à l’oubli.

Peut-on utiliser un vieux drap ou du carton à la place ?

Pour une nuit isolée, oui. Un drap coupe le rayonnement aussi bien qu’un voile, mais il s’imbibe, il gèle et il occulte totalement la lumière : il doit être retiré au matin. Le carton fonctionne très bien pour isoler les parois d’un bac, ce qui est d’ailleurs son meilleur emploi.

Faut-il arroser sous voile ?

Rarement, et jamais avant une nuit de gel. Le voile intercepte une partie de la pluie, donc un contrôle mensuel du substrat s’impose, mais un bac humide gelé est plus dangereux qu’un bac un peu sec. Arrosez le matin d’une journée douce, jamais le soir.

Quelle largeur acheter ?

Prenez plus large que nécessaire. Un rouleau de deux mètres de large couvre un bac d’un mètre avec les retombées latérales et le mou indispensable, alors qu’un rouleau d’un mètre cinquante oblige à tendre, ce qui provoque des déchirures. Le surplus se découpe, le manque ne se rattrape pas.

Le voile protège-t-il des ravageurs ?

Partiellement, mais ce n’est pas son rôle. Les mailles d’un voile d’hivernage sont plus lâches que celles d’un filet anti-insectes et laissent passer les altises et les petites mouches. Pour la protection sanitaire, un filet à mailles fines est le bon outil, et il n’apporte aucun gain thermique.

Trois semaines de relevés ont surtout confirmé une chose : le voile est un outil d’appoint, pas une serre. Il fait gagner deux ou trois nuits par hiver, celles qui décident du sort d’une culture, et il ne dispense en rien d’isoler les contenants, qui reste le geste le plus rentable de la saison froide.

Category: Potagers en Ville
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