Le tunnel a coûté onze euros de matériaux et une heure de montage : quatre arceaux en fibre de verre, deux mètres de film plastique transparent de cent cinquante microns, six pinces et un tasseau. Il couvre une jardinière de cent vingt centimètres de long sur quarante de large, plantée de mâche, de roquette et d’épinard.
À côté, une jardinière identique, même substrat, même semis, même date, sans rien. Deux sondes enregistreuses, une sous le tunnel et une au-dessus du témoin, à cinq centimètres du substrat, relevé toutes les heures pendant vingt-six jours, du 15 novembre au 10 décembre.
Ce qui suit est ce que ces deux sondes ont donné, avec les écarts moyens, les extrêmes, et surtout ce que le tunnel a coûté en travail et en surveillance. Le bilan est nettement positif, mais pas pour les raisons que j’attendais.
Le montage et les relevés, en résumé
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Durée du relevé | 26 jours, du 15 novembre au 10 décembre |
| Écart nocturne moyen | +2,1 °C |
| Écart nocturne maximal | +4,3 °C, nuit claire et sans vent |
| Écart nocturne minimal | +0,4 °C, nuit couverte et venteuse |
| Écart diurne moyen | +7,5 °C |
| Maximum atteint sous tunnel | 32 °C un après-midi ensoleillé de novembre |
| Coût des matériaux | environ 11 euros |
| Temps d’entretien | 5 à 10 minutes par jour ensoleillé |
La ligne qui compte le plus est l’avant-dernière. Trente-deux degrés sous un tunnel fermé, un 22 novembre, avec des salades qui n’attendaient rien de tel : c’est la démonstration que l’aération n’est pas un conseil de confort mais une contrainte quotidienne.
Le protocole : deux sondes, une jardinière témoin
Les deux jardinières sont posées côte à côte sur le même balcon, orienté sud-ouest, au troisième étage, à quarante centimètres du garde-corps. Elles ont été remplies du même mélange le même jour et semées le 20 octobre.
Les sondes sont deux enregistreurs bon marché, placés sous une petite coupelle blanche renversée pour éviter que le rayonnement direct ne fausse la mesure diurne. Sans cette précaution, une sonde exposée au soleil sous plastique lit facilement dix degrés de trop.
Les limites du dispositif sont réelles et je les assume. Une seule saison, un seul balcon, deux sondes non étalonnées l’une contre l’autre, et un témoin qui reçoit un peu plus de vent parce qu’il est du côté extérieur. J’ai permuté les positions au bout de treize jours, et les écarts moyens n’ont pas bougé de plus de deux dixièmes de degré, ce qui rend la comparaison utilisable.
Un mini-tunnel de balcon : matériaux, dimensions, coût

Le montage retenu est volontairement rudimentaire, parce qu’un dispositif compliqué finit par ne plus être ouvert.
- Arceaux : quatre tiges de fibre de verre de six millimètres, coupées à quatre-vingt-dix centimètres, arquées à trente-cinq centimètres de hauteur.
- Film : polyéthylène transparent de cent cinquante microns, deux mètres sur un mètre cinquante.
- Fixation : six pinces à ressort de grande taille sur les arceaux.
- Lest : un tasseau de deux mètres posé le long de la face avant, deux briques aux extrémités.
- Aération : les deux extrémités restent libres, relevées ou rabattues selon la journée.
La hauteur de trente-cinq centimètres est un compromis. Plus bas, le feuillage touche le film et gèle par conduction. Plus haut, le volume d’air à réchauffer augmente et le gain nocturne diminue, tout en offrant davantage de prise au vent.
Le montage, arceau par arceau
- Enfoncez les arceaux dans le substrat sur dix centimètres au moins, tous les quarante centimètres, en commençant par les deux extrémités de la jardinière.
- Vérifiez l’alignement des sommets à l’oeil : un arceau plus bas que les autres crée une poche où l’eau s’accumulera.
- Contrôlez la hauteur libre au-dessus du feuillage le plus haut, vingt centimètres au minimum.
- Déroulez le film sur toute la longueur en laissant dépasser cinquante centimètres à chaque extrémité.
- Fixez le film au sommet de chaque arceau avec une pince, sans tendre.
- Posez le tasseau sur le bord retombant côté vent dominant, et lestez l’autre côté avec deux briques.
- Rabattez les extrémités en accordéon et maintenez-les avec une pince, de manière à pouvoir les relever d’un geste.
- Faites un essai de fermeture et d’ouverture complètes : si l’opération prend plus de trente secondes, simplifiez le montage.
Le point huit décide de la réussite du dispositif. Un tunnel dont l’ouverture demande de retirer six pinces ne sera pas ouvert les matins pressés, et c’est exactement ces matins-là que le soleil de novembre fait monter la température à trente degrés.
Ce que les relevés donnent la nuit
L’écart nocturne moyen de deux degrés recouvre des situations très différentes, et la moyenne est ici trompeuse.
Sur les neuf nuits claires et calmes du relevé, l’écart s’est situé entre trois et quatre degrés et demi. Le film bloque le rayonnement infrarouge vers le ciel, qui est le mécanisme dominant de refroidissement dans ces conditions, et le résultat est net.
Sur les nuits couvertes, l’écart tombe entre un demi-degré et un degré. Les nuages jouent déjà le rôle de couverture, et le tunnel n’ajoute presque rien. Sur les nuits ventées, l’écart remonte à deux degrés environ, cette fois par coupure du vent.
Le comportement du substrat mérite une mention à part. La sonde placée dans la motte, à dix centimètres de profondeur, a montré des écarts bien plus faibles, de l’ordre d’un degré, et surtout beaucoup plus lissés dans le temps. Le tunnel protège l’air autour des feuilles ; il ne réchauffe pratiquement pas la terre, qui reste le point sensible d’une culture en contenant.
Le point vraiment utile est ailleurs : le tunnel a lissé les minima. Sur les cinq nuits les plus froides, le témoin est descendu sous moins trois degrés à quatre reprises, la jardinière abritée une seule fois. Le gain moyen dit peu de chose ; le nombre de fois où l’on passe sous un seuil dit tout.
Ce que les relevés donnent le jour, et le vrai danger
Le jour, l’écart moyen atteint sept degrés et demi, et il monte bien plus haut par temps clair. La montée est très rapide : sur un après-midi de novembre ensoleillé, la température sous film est passée de neuf à vingt-huit degrés en un peu moins de deux heures.
Cet emballement n’a rien d’un bénéfice. Une mâche qui vit à cinq degrés le matin et à trente degrés à quatorze heures subit un stress considérable, elle transpire beaucoup, et le substrat s’assèche à une vitesse qu’on n’imagine pas en cette saison.
S’y ajoute un risque physiologique. Une plante réchauffée en journée reprend une activité végétative, ses tissus se gorgent d’eau, et sa résistance au gel de la nuit suivante diminue. Un tunnel mal aéré peut donc dégrader la rusticité de ce qu’il est censé protéger, ce qui est le résultat le plus contre-intuitif de tout le relevé.
Le film, le voile et la plaque : trois couvertures comparées
| Couverture | Gain nocturne | Gain diurne | Surveillance | Humidité intérieure |
|---|---|---|---|---|
| Film polyéthylène 150 µ | +2 à +4,3 °C | +7 à +15 °C | quotidienne | très élevée |
| Voile non tissé 30 g | +2 à +3 °C | +3 à +6 °C | faible | modérée |
| Plaque polycarbonate alvéolaire | +3 à +5 °C | +6 à +12 °C | quotidienne | élevée |
Le voile obtient un gain nocturne à peine inférieur au film, pour une surveillance beaucoup plus légère et un risque d’humidité bien moindre. Sur un balcon où personne n’est présent en journée, il constitue le meilleur rapport entre bénéfice et contrainte.
Le film garde deux avantages qui lui sont propres : il tient la pluie à l’écart, ce qui protège les racines de l’excès d’eau hivernal, et il permet de gagner quelques semaines de croissance sur des cultures qui, sous voile, se contenteraient de survivre. La plaque alvéolaire isole mieux mais elle est rigide, encombrante et difficile à fixer sur une jardinière.
L’aération n’est pas optionnelle
La consigne que j’ai appliquée est devenue une règle fixe au bout d’une semaine : dès que le soleil touche le tunnel, les deux extrémités s’ouvrent. Dès que l’ombre revient sur le balcon, elles se referment.
Cela représente deux passages par jour, de deux minutes chacun, uniquement les jours de soleil. Sur les vingt-six jours du relevé, une quinzaine étaient concernés. C’est peu, mais c’est une contrainte quotidienne dont il faut avoir conscience avant de monter le dispositif.
La condensation constitue le second motif d’aération, indépendamment de la température. Sous film fermé, l’eau ruisselle sur la face intérieure et retombe en gouttes sur le feuillage, ce qui favorise la pourriture grise sur les salades d’hiver. Un tunnel ouvert deux heures par jour reste sec ; un tunnel fermé une semaine se couvre de moisissure.
L’arrosage sous tunnel change de rythme
C’est l’observation la plus inattendue du relevé. La jardinière témoin n’a demandé aucun arrosage entre le 15 novembre et le 10 décembre : les pluies suffisaient. La jardinière sous tunnel en a demandé quatre.
Deux causes se cumulent. Le film écarte la pluie, et les températures diurnes plus élevées augmentent l’évaporation et la transpiration des plantes. Un substrat sous tunnel peut se dessécher en novembre, ce qui semble absurde et se vérifie pourtant en enfonçant un doigt.
La méthode retenue est un contrôle hebdomadaire au doigt sur cinq centimètres, et un arrosage le matin d’une journée douce, jamais le soir ni avant une nuit de gel annoncée. La quantité reste modeste : le but est d’humidifier, pas de saturer, comme pour toute culture de légumes conduite sur une surface réduite.
Les cultures qui en profitent réellement

Le bénéfice n’est pas le même selon ce que l’on cultive, et il tient moins à la survie qu’à la vitesse de croissance.
La roquette et les jeunes pousses de salade sont les grandes gagnantes : sous tunnel, elles ont continué à produire des feuilles coupables jusqu’à la mi-décembre, alors que le témoin s’était arrêté fin novembre. L’épinard a montré un écart net mais plus modeste.
Les semis tardifs profitent aussi beaucoup du dispositif, parce que le gain diurne accélère la levée quand la lumière est encore suffisante. Un semis de radis d’hiver ou de cresson fin octobre lève sous tunnel et n’aboutit pas à nu.
Le persil et la coriandre se placent dans la même catégorie que la roquette : ils ne meurent pas dehors, mais ils cessent pratiquement de produire dès la fin novembre. Sous tunnel, les coupes se sont poursuivies trois semaines de plus, avec des feuilles moins coriaces. Sur une jardinière d’aromatiques, c’est probablement l’usage qui rentabilise le mieux le dispositif.
Enfin, les cultures méditerranéennes en pot, romarin, thym, sauge, en tirent un bénéfice qui n’est pas thermique mais hydrique : le film les tient au sec, et c’est l’humidité hivernale qui les tue, pas le froid.
Celles qui n’y gagnent rien
La mâche est la déception du relevé. Rustique bien au-delà de ce que le tunnel apporte, elle n’a produit ni plus vite ni plus abondamment sous abri, et elle a présenté davantage de pourritures foliaires liées à la condensation. Elle est mieux dehors, sans rien.
Même remarque pour les choux d’hiver, les poireaux et les épinards perpétuels installés : leur rusticité dépasse largement le gain offert, et l’encombrement du tunnel ne se justifie pas.
Les cultures d’été n’y gagnent rien non plus. Un pied de tomate sous mini-tunnel en octobre ne mûrit pas davantage, parce que le facteur limitant est la lumière et non la température. Le tunnel ne fabrique pas de jours plus longs, et c’est sa limite structurelle, comme pour tout dispositif de culture en pot dans un espace restreint.
Les limites de vingt-six jours de mesures
Ce relevé ne dit rien du coeur de l’hiver. Il s’arrête le 10 décembre, avant les épisodes les plus froids, et un tunnel se comporte sans doute différemment sous une semaine de gel continu, où la motte entière prend en masse.
Il ne dit rien non plus des balcons orientés au nord, où le gain diurne serait bien plus faible et la contrainte d’aération quasi nulle. Il ne dit rien des étages élevés très ventés, où la tenue mécanique du film deviendrait le sujet principal.
Enfin, une seule saison ne fait pas une démonstration. Ce que ces vingt-six jours établissent honnêtement, c’est un ordre de grandeur du gain, la réalité du risque de surchauffe, et le fait qu’un tunnel change le rythme d’arrosage. Le reste demanderait d’autres hivers et d’autres balcons, comme le rappellent toutes les mesures conduites dans les conditions particulières du jardinage urbain.
Questions fréquentes
Un mini-tunnel résiste-t-il au vent en étage ?
À condition d’être lesté et non tendu. Un film tendu claque et se déchire aux points de fixation ; un film avec du mou, plaqué au sol par un tasseau continu et deux briques, tient des rafales sérieuses. Le point faible reste les extrémités, à rabattre et à lester séparément.
Peut-on laisser le tunnel fermé pendant une absence ?
Seulement par temps couvert et froid annoncé. Une journée de soleil sur un tunnel fermé fait monter la température au-delà de trente degrés et peut cuire des salades en quelques heures. Pour une absence prolongée, remplacez le film par un voile, qui ne présente pas ce risque.
Faut-il retirer le tunnel au printemps ?
Dès que les journées dépassent régulièrement quinze degrés, oui. Il redevient utile brièvement en mars pour avancer des semis, puis il gêne. Le film se plie sec, à l’abri de la lumière, et il tient deux à trois saisons avant de devenir cassant.
Le polycarbonate vaut-il l’investissement ?
Sur une jardinière, rarement. Le coût est dix fois supérieur, la fixation plus délicate, et le gain nocturne d’un degré ou deux. Sur un châssis fixe qui reste en place plusieurs années, le calcul s’inverse, parce que la durée de vie du matériau est bien plus longue.
Peut-on fabriquer les arceaux soi-même ?
Un tuyau d’arrosage souple enfilé sur une tige métallique fine fonctionne très bien et coûte moins cher que des arceaux du commerce. Les baguettes de bois se cassent, et les fils électriques rigides se déforment sous le poids de l’eau accumulée sur le film.
Onze euros et une heure de montage pour deux degrés la nuit et quinze jours de récolte supplémentaires : le calcul est favorable. Il l’est à une condition, et une seule, qui est d’ouvrir les extrémités chaque matin de soleil. Un tunnel qu’on oublie fermé fait plus de dégâts qu’une jardinière laissée nue.

